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4 septembre 2015 Comments are off admin

Le Sud sans toit, ni loi

Une situation désespérée. L’insécurité dans le Sud semble sans solution. Entre les dahalo et les forces de l’ordre, c’est l’éternelle vengeance. Le principe de l’œil pour œil, dent pour dent n’a jamais pu apporter la paix. Entre les deux, la population souffre le martyr. Edgard Razafindravahy et l’ADN sont passés pour apporter une nouvelle vision dans cet univers exaspérant. Il faut que la population prenne en main son avenir.

«Ne roulez surtout pas la nuit, notamment à Ambavatapia et à Ambalamanakana. La RN7 devient de plus en plus dangereuse ! ». Ce conseil d’un gargotier à Ambohimandroso annonce la couleur du trajet dans le Deep South. Comme un missionnaire qui a pour objectif non pas de prêcher l’Évangile mais plutôt de répondre à l’invitation des membres de l’Arche de la Nation (ADN) dans les régions Androy et Anosy, de promouvoir de nouvelles idées et une nouvelle philosophie afin de redonner de l’espoir aux habitants, oubliés par le pouvoir central depuis 55 ans, Edgard Razafindravahy, chef de file de ce parti politique, a avancé dans le fin fond du Grand Sud avec audace.
Mais la situation tend à se compliquer en prenant la RN 13. À cinq heures de la route d’Ihosy, dans la commune de Kelivaho, les malaso venaient de brûler une maison.

« Les bandits ont effectué trois assauts successifs dans notre commune, en une semaine. Nous n’avons pas dormi dans notre maison depuis plusieurs mois. Il faut fuir avec les enfants dans la brousse dès 17 h. Comment voulez-vous que nous puissions travailler », se plaint Melfine Itasoa, mère de famille à Kelivaho.

Les forces de l’ordre semblent impuissantes face à ces dahalo armés de fusils de chasse, de fusils mitraillettes AK47, de haches et de sagaies. L’un d’entre eux s’était même caché derrière une maison pendant que le chef de file de l’ADN rencontrait la population. En fait, la pacification, solution avancée par les autorités centrales n’en constitue pas pour les habitants de Kelivaho.

« Ce sont les autorités même qui nous considèrent comme des malaso. C’est ainsi qu’aucune haute personnalité n’a pas voulu écouter nos doléances depuis la création de notre village. Elle est passé très vite, sous une forte escorte de forces de l’ordre, sans s’arrêter dans notre commune pour aller plus au sud », s’insurge Melfine Itasoa.
Lors de l’arrivée dans le chef-lieu du district de Betroka, une guerre civile semble se profiler à l’horizon. Un conflit datant de plusieurs années entre deux hautes personnalités du district risque de plonger la localité dans un bain de sang. Les deux hommes s’accusent mutuellement d’être à la tête de dahalos composés d’une centaine d’hommes armés. À entendre l’un d’entre eux, il serait prêt à mourir pour stopper l’acte de banditisme mené par son rival toujours accusé d’être le cerveau des bandits à Betroka. Les habitants piégés dans ce différend se sentent impuissants.

Message d’espoir
« Nous ne savons plus à quel saint se vouer. Nous ne pouvons que fuir vers la ville dès que les bandits sévissent dans notre village », a confié un opérateur économique de Betroka.
Les campagnes ne sont pas les seules à vivre dans la terreur. En plus des attaques à main armée, le délestage plonge également les « citadins » dans l’angoisse. Ainsi, dans la commune de Soanala, Edgard Razafindravahy a devisé avec les chefs fokontany dans le noir complet. L’électricité a été coupée depuis trois jours. Les armes blanches sont toutefois vendues comme des bonbons dans cette commune. Sortir dans le nuit après 20 h s’apparente alors à un suicide.

Les attaques perpétrées contre une épicerie et une gargote, à quelques kilomètres de Soanala, dans la commune de Beraketa, témoignent du vécu quotidien en matière de banditisme.

« Des bandits armés de haches et de sabres ont décapité un père de famille. Celui-ci aurait tenté de protéger son petit fonds de commerce. Les forces de l’ordre n’ont arrêté personne pour cet acte survenu au cœur même de Beraketa », a confié un gargotier de la ville.

La route de la délégation du parti politique ADN a continué malgré ces évènements effroyables. Lors de la traversée de la terre natale de Monja Jaona, la commune d’Antanimora, un épicier nous a conseillé de rouler seulement pendant le jour.

« Les coupeurs de route sont légion jusqu’à Ambovombe », martèle Grégoire Randriamazava, habitant à Antanimora.
L’insécurité ambiante n’a pourtant pas empêché Edgard Razafindravahy de motiver les habitants à prendre en main leur avenir afin de sortir du trou infernal de l’insécurité et de la pauvreté.

L’arrivée vers 20 h à Ambovombe s’est déroulée dans le calme. Peu d’habitants osent circuler durant la nuit. La cause de cette situation serait due à la libre vente d’arme blanche sur le marché. Renommés comme étant parmi les meilleurs forgerons de la Grande île, les Antandroy mettent en œuvre leur savoir-faire dans la ville. Il n’est donc pas étonnant de voir un garçon de 12 ans portant un long sabre derrière le dos.

« Une dispute se règle parfois à coups de hache et de couteau, notamment la nuit. Il faut faire très attention. Les habitants ont l’habitude de se battre avec les dahalo. Ils n’hésitent pas à vous étriper », affirme un agent de l’État en service dans ce chef lieu de l’Androy.

Mais le danger est permanent. Il faut rouler durant la journée sur la RN 13 menant à la ville de Tolagnaro. Le pire reste à venir sur la route menant vers la commune de Ranomafana. C’est l’endroit de prédilection des malaso. La commune d’Esira, les fokontany de Tsivory et d’Andranondambo ne sont qu’à quelques kilomètres des éléments de Remenabila, suspecté par les forces de l’ordre comme le « général de corps d’armée » des brigands dans cette région.

« Les bandits escaladent la montagne pour nous attaquer. Nous avons subi trois assauts, l’année dernière », a relaté Lahitokana Etienne Razafimahateza, maire de la commune de Ranomafana.

Plus à l’ouest, dans la région Atsimo-Andrefana, le droit coutumier semble faire ses preuves. Mais l’insécurité et les actes de banditisme demeurent les premières préoccupations de la population. Des habitants armés de sagaies et de fusils de chasse tentent de suivre la trace des dahalo le long de la RN7, en inspectant les bords de la chaussée, sous le regard des éléments de forces de l’ordre attendant avec impatience le passage d’un taxi-brousse et de camion pour être contrôlés.

Les messages du chef de file de l’ADN sont clairs face à la situation chaotique et déplorable en cette période du troisième Millénaire.

« Il faut que vous, les habitants, preniez en main votre avenir. Si vous attendez encore l’État pour les cinquante-cinq années à venir, vous serez encore déçus. Les malaso et les bandits sont nos enfants. Il faut cesser de s’entretuer. C’est la pauvreté qui pousse nos enfants à tuer les membres de leurs familles. Je suis prêt à partager mes expériences et mes compétences pour vous aider. C’est pourquoi j’ai quitté ma famille dans la capitale », a lancé le guide de l’ADN.